5 manières de lutter contre l’esclavage moderne sur les supply chains

La récente Loi sur l’esclavage moderne britannique a été un catalyseur important dans la sensibilisation à l’esclavage au sein des entreprises du monde entier et dans l’amélioration de la diligence nécessaire.

De nombreuses entreprises abordent cette question pour la première fois et il reste beaucoup à faire pour mettre en place les politiques et les systèmes de signalement, et pour identifier les risques dans différentes régions, types de produits et de relations commerciales. Pour aider ces entreprises et sensibiliser plus largement à ce sujet, nous avons réuni un groupe d’experts à la Conférence Sedex 2016.

Kevin Hyland, le premier commissaire anti-esclavage indépendant au Royaume-Uni ; Colleen Theron, directrice de CLT envirolaw ; James Swenson, directeur des opérations et livraisons chez Thomson Reuters et Marianne Voss, responsable des relations avec les parties prenantes chez Sedex, ont partagé les mesures que les entreprises peuvent prendre pour lutter au mieux contre l’esclavage sur leurs supply chains. Voici leurs cinq principales recommandations :

 

01. . Avoir une politique d’entreprise et s’engager à lutter contre l’esclavage moderne

James Swenson a expliqué que les entreprises manquent souvent de temps, de ressources et d’expertise, et que les conseils d’administration ne s’engagent pas assez. Il a poussé les entreprises à disposer d’une politique en interne pour lutter contre l’esclavage moderne. Colleen Theron a encouragé le recours à un champion interne, idéalement une personne qui fait partie du conseil d’administration et qui a de l’influence sur la prise de décisions. « Si vous vous penchez sur les changements qui ont lieu dans une organisation, ils viennent généralement d’une personne qui pousse vers ce changement et qui croit que le changement est nécessaire » dit-elle.


02. Comprendre votre supply chain et évaluer les risques

Les intervenants se sont accordés à dire qu’il est primordial de comprendre à quoi ressemble votre supply chain et à quel degré l’entreprise est exposée. Ils ont suggéré de procéder à une sorte de révision interne pour comprendre le fonctionnement de votre supply chain, les couches qu’elle contient et ce que doivent gérer vos fournisseurs. Commencez par évaluer les risques pour comprendre où ils se situent. Avoir à sa disposition un bon système pour identifier les risques aide à concentrer les ressources dans les domaines qui représentent la plus grande menace. Selon James Swenson, « vous pouvez appliquer la diligence requise proportionnellement à ce risque, pour que vous puissiez consacrer davantage de vos ressources à vos fournisseurs les plus à risques et non pas sur ceux à faibles risques. »

 

03. S’appuyer sur les pratiques existantes

 

De nombreuses entreprises agissent déjà pour lutter contre l’esclavage moderne et les intervenants de la table ronde ont suggéré de s’appuyer sur les pratiques d’entreprise déjà existantes. Selon James Swenson, « de nombreuses organisations disposent déjà d’un type de gestion du risque des tiers et de nombreuses entreprises ont commencé à inclure d’autres règlements à ce processus. » Colleen Theron confirme « il n’est pas pratique de commencer quelque chose de tout nouveau qui ne s’aligne pas à votre façon d’opérer, par exemple si vous disposez déjà d’un système de santé et de sécurité bien développé, vous pouvez le renforcer et le développer pour y inclure la Loi sur l’esclavage moderne. »

Selon le commissaire Hyland, identifier les risques potentiels majeurs sera bien plus simple une fois que vous comprendrez le problème et que vous l’envisagerez de manière rationnelle et équilibrée. Les entreprises devraient commencer en ayant recours à une approche pas à pas, car si vous essayez de tout faire dès le premier rapport, vous n’arriverez à rien, concentrez-vous donc en premier sur le principal risque

 

04. Former des partenariats et collaborer

 

Il ne suffit pas d’effectuer une diligence raisonnable lorsque l’on accueille un nouveau fournisseur. Vous devez vous assurer que vous avez un bon système de surveillance pour la suite et proposer une formation et un enseignement continus aux fournisseurs, a déclaré James Swenson.

L’esclavage moderne n’est pas un problème auquel on peut faire face seul et la collaboration entre entreprises, fournisseurs et ONG est essentielle pour donner une voix aux travailleurs et construire des relations avec ceux qui sont sur le terrain, indique Marianne Voss. Elle ajoute : « les audits de tiers aident à identifier les pratiques les plus fréquentes, qui mènent souvent à d’autres types d’avertissements, mais il est également important d’explorer de nouveaux outils, comme les enquêtes auprès de travailleurs, les partenariats avec des ONG, qui ont la confiance des communautés et les comprennent, les flux migratoires et d’autres outils, qui analysent les processus de recrutement. »

Colleen Theron a suggéré l’utilisation d’un « ensemble de mesures pour aller au bout des problèmes : formez vos auditeurs à détecter les choses autrement, combinez des vérifications internes ciblées et des audits de tiers pour avoir un meilleur aperçu des vraies inquiétudes. »

 

05. Harmonisez vos engagements CSR, vos politiques et vos plaidoyers

Colleen Theron a conseillé aux entreprises de considérer l’esclavage moderne comme une occasion de créer des supply chains plus résilientes. Selon le commissaire Hyland, l’exigence qui consiste à publier une déclaration publique sur l’esclavage moderne permet au public, aux consommateurs et aux investisseurs d’examiner les pratiques des entreprises. L’aspiration à une meilleure connaissance et transparence poussera les entreprises à lutter activement contre l’esclavage. Il a insisté sur le fait que le signalement ne devait pas être considéré comme une simple case à cocher, mais comme un véritable engagement à être une entreprise responsable : « une fois que cette idée fera partie intégrante de l’ADN des entreprises et qu’elles chercheront des solutions, nous constaterons une amélioration des normes et les entreprises britanniques chercheront à être la référence sur laquelle les autres voudront s’aligner. »

 

Toutes les vidéos de la Conférence Sedex sont désormais disponibles sur la page Youtube de Sedex. Vous pouvez voir la table ronde sur l’esclavage moderne dans son intégralité ci-dessous :

Regardez notre entretien avec James Swenson, directeur des opérations et des livraisons chez Thomson Reuters :

Regardez notre entretien avec Kevin Hyland, Officier de l’Empire britannique, commissaire anti-esclavage indépendant du Royaume-Uni :